Le problème intellectuel posé par l'existence de la souffrance peut se poser ainsi : « Si Dieu était bon, Il désirerait rendre Ses créatures parfaitement heureuses ; si Dieu était tout-puissant, Il serait capable de faire ce qu'Il veut. Mais les créatures ne sont pas heureuses. Donc il manque à Dieu soit la bonté, soit la puissance, soit les deux. » Ce raisonnement ne peut être mis en défaut qu'en définissant soigneusement les mots « bon », « tout-puissant » et « heureux ».
Ashley Cooper, éditeur de la collection « The Christian Challenge » (le Défi chrétien), demanda au début de la guerre à C. S. Lewis, alors pratiquement inconnu du grand public, d'écrire un livre sur la souffrance. Lewis s'y est mis avec un très grand sérieux, tout en prenant la précaution de rappeler qu'il n'est qu'un laïc sans formation théologique. Se rendant bien compte du caractère scandaleux que peut revêtir tout ce qui ressemble à une justification de la souffrance, il prend de nombreuses précautions qui ne l'empêchent heureusement pas d'avancer une réflexion très aboutie qui l'amène, finalement, à un exposé global passionnant de la doctrine chrétienne du salut, tout en restant extraordinairement vivant, accessible et proche des préoccupations directes de ses lecteurs.
Une première partie sur l'omnipotence divine rappelle de façon très convaincante que celle-ci n'implique pas la possibilité d'accomplir ce qui est intrinsèquement impossible, c'est-à-dire incohérent. Une seconde partie approfondit la notion de bonté, qui veut non pas forcément la satisfaction immédiate de l'être aimé, mais son bien, ce qui n'exclut pas forcément la souffrance si des défauts sont à corriger.
Il continue ensuite en expliquant en quoi l'homme n'est pas parfait et doit donc être sauvé par Dieu ; il met en place au passage une vision audacieuse mais lumineuse de la doctrine de la Chute. Tous ces prémisses mis en place, c'est avec beaucoup de délicatesse et d'humilité qu'il tente enfin de répondre à la question initiale. Emporté par son élan, il en profite ensuite pour faire un chapitre difficile sur l'enfer, doctrine devant laquelle il se révolte mais qu'il considère comme inévitable, puis, après une digression d'un intérêt limité sur la souffrance animale, il conclut par un très beau chapitre sur le Paradis, remettant ainsi superbement tout le livre en perspective de la Béatitude qu'il parvient à peine à esquisser mais à laquelle il croit et aspire fermement.
On peut n'être pas convaincu par les passages les plus spéculatifs, sur l'enfer et le Paradis en particulier, mais le reste du livre, résumé anticipatif de toute la pensée religieuse de Lewis méditée depuis sa conversion, est un mélange très efficace d'intelligence éclairée par la foi et de bon sens non dénué d'humour, combinant les héritages de George MacDonald et de G. K. Chesterton. Son analyse très fine du péché de l'homme, de ses réflexes égoïstes d'autojustification, de ses incohérences, anticipe déjà sur Tactique du diable, avec une consonnance personnelle très touchante qui montre qu'il ne se considère nullement comme supérieur à son lecteur. On ressort réellement grandi de la lecture de ce livre, bonne introduction à l'œuvre apologétique de Lewis, qui apprend à voir les choses du côté de Dieu.
Notons que C. S. Lewis a écrit une préface spécialement pour l'édition française de 1950.
| Éditions françaises |
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Le Problème de la souffrance, trad. Marguerite
Faguer, préface de Maurice Nédoncelle.
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