L'odyssée du Passeur d'Aurore

The Voyage of the Dawn Treader

Roman de C. S. Lewis (1952)

Histoire

Edmund et Lucy Pevensie s'ennuient à mourir chez leur cousin Eustace Scrubb, qu'une éducation « moderne » a doté d'un caractère détestable. Mais voilà qu'un tableau représentant un navire s'anime et devient réel : les trois enfants se retrouvent à Narnia, où le prince Caspian, devenu roi, a organisé une expédition vers les confins orientaux du monde. L'expédition rencontre de nombreuses îles, chacune avec son lot de péripéties, jusqu'au bout du monde.

Commentaire

La trame narrative, inspirée d'Homère, est très classique : d'une part une série d'aventures plus ou moins déconnectées à chaque étape, d'autre part une quête, la recherche de sept seigneurs disparus, et enfin une progression vers un orient de plus en plus étrange et attirant, jusqu'à un « bout du monde » inattendu. Lewis inverse ainsi le mythe européen du voyage vers l'occident, ce qui donne un effet surprenant, mais il fait ainsi appel à tout notre imaginaire, à la fois sur les Amériques lointaines au-delà des mers et sur l'Orient mystérieux et ses secrets. Aslan n'est que très discrètement présent dans le corps du récit, et apparaît plutôt comme le but du voyage, objet du désir de tous, reprenant un thème typiquement lewisien.

Pour les personnages, on retrouve avec plaisir le roi Caspian, qui a manifestement grandi même s'il reste très adolescent dans son comportement, et, cette fois, deux seulement des enfants Pevensie. Une grande trouvaille que l'ajout de l'affreux cousin Eustace, dont le parcours est analogue à celui d'Edmund dans L'Armoire magique, avec néanmoins des variations qui font la preuve, s'il en était besoin, du grand talent d'imagination de Lewis. La fin semble être la fin des aventures des Pevensie à Narnia, mais le flambeau narnian n'est pas éteint, et sera repris dans Le Fauteuil d'argent par Eustace.

Extrait

Mais cette période heureuse ne dura pas. Advint une fin d'après-midi où Lucy, qui contemplait rêveusement le long sillon aui se formait derrière eux, vit à l'ouest un énorme amas de nuages enfler à une vitesse stupéfiante. Puis une déchirure s'ouvrit dans les nuages et le jaune éblouissant du soleil couchant s'y engouffra. On avait l'impression que toutes les vagues, derrière eux, prenaient des formes inhabituelles et que la mer n'était plus qu'un moutonnement jaunâtre, semblable à une grosse toile souillée. L'air fraîchissait. Le bateau semblait se mouvoir avec réticence, comme s'il sentait un danger derrière lui. Pendant une minute, la voile pendait, plate et molle, pour s'enfler brutalement la minute d'après. Alors que Lucy, notant toutes ces choses, s'étonnait du sinistre changement qui avait altéré le bruit même du vent, Drinian hurla :
— Tout le monde sur le pont !

(Trad. Philippe Morgaut, Gallimard 2002)


Éditions françaises
Le Voyage de la « Belle Aventure », trad. Michel Baron.
  • Flammarion, « Bibliothèque du Chat perché », 1983, 246p.
L'Odyssée du Passeur d'Aurore, trad. Philippe Morgaut.
  • Gallimard jeunesse, « Folio junior » no. 1210, 2002, 246p.

Ce roman est le troisième de la série des chroniques de Narnia, le second du « cycle de Caspian ». Il est numéroté 5 dans les éditions modernes.

Sébastien Ray, 22/03/2005. Dernière modification : 9 juin 2005.