À Londres à la fin du XIXème siècle, le jeune Digory Kirke et sa voisine Polly Plummer pénètrent par erreur dans le bureau de l'oncle Andrew. Celui-ci est un apprenti-sorcier mégalomane, qui se sert d'eux comme cobayes pour voyager dans d'autres mondes grâce à des anneaux magiques. Digory délivre malencontreusement une sorcière enfermée dans un monde presque mort, et la ramène à Londres, d'où diverses péripéties les amèneront à Narnia, juste au moment de sa création...
Pour ce sixième roman, Lewis a décidé de revenir aux origines et de donner une explication à certains détails de l'Armoire magique. Comme il n'avait nullement médité une telle chose en écrivant ce premier roman, la cohérence n'est pas excellente et les explications ne satisfont pas vraiment, mais là n'est pas l'intérêt principal de l'histoire, tout à fait passionnante par elle-même.
Les choses ne fonctionnent pas de la façon à laquelle les cinq romans précédents ont habitué le lecteur : il y est d'abord question d'un troisième monde, Charn, effrayante illustration de ce à quoi peut mener la folie des hommes, où le mal triomphant ne s'est pas encore totalement autodétruit. L'entrée à Narnia se fait ensuite comme par effraction, par erreur, au lieu d'être un appel d'Aslan. La localisation des événements par rapport au Narnia familier est peu claire, et l'on sent clairement les siècles qui nous séparent encore des temps que nous connaissons. Ce côté dépaysant culmine dans le passage de la création du monde par Aslan, magnifique moment de poésie où l'on voit à quel point les objets familiers sont en réalité des choses extraordinaires et complexes.
Les péripéties des personnages eux-mêmes, racontées avec l'humour habituel de Lewis, ont une portée exceptionnelle dans ce contexte où tout doit déterminer l'avenir entier de Narnia. Si, bien sûr, l'histoire ne se termine pas entièrement — puisqu'elle doit ouvrir sur l'Armoire magique —, elle a une fin satisfaisante en ce qui concerne notre monde, où la folie « scientifique » de l'oncle Andrew est vaincue et où la vie ordinaire reprend ses droits.
Le lion allait et venait sur cette terre aride en pousuivant un nouveau chant, plus doux et plus rythmé que celui qui avait permis de convoquer le soleil et les étoiles. À mesure qu'il se déplaçait au rythme de cette mélodie délicate et flottante, la vallée se recouvrait d'une herbe verdoyante qui jaillissait sous ses pas comme l'eau vive et s'étendait sur les flancs des coteaux comme une onde. L'herbe grimpait ensuite au pied des montagnes, couvrant ce nouveau monde d'un manteau de douceur de plus en plus étendu.
Une brise légère se mit à faire ondoyer l'herbe et d'autres éléments apparurent. Une bruyère sombre vint tapisser les versants les plus élevés. Des taches d'un vert plus fort et plus vif surgirent dans la vallée. Digory ignorait ce que c'était jusqu'au moment où l'une d'elles apparut suffisamment près de lui. C'était une petite chose piquante dont jaillissaient des douzaines de bras de couleur verte, poussant d'un centimètre environ toutes les secondes. Très vite Digory fut cerné de dizaines de ces pousses, et quand elles eurent atteint à peu près sa taille il comprit enfin ce que c'était. « Des arbres ! » s'exclama-t-il.
(Trad. Cécile Dutheil de la Rochère, Gallimard 2001)
| Éditions françaises |
|---|
Le Neveu du magicien, trad. Cécile Dutheil de
la Rochère.
|
Ce roman est le sixième de la série des chroniques de Narnia, numéroté 1 dans les éditions modernes.