Les choniques de Narnia

The Chronicles of Narnia

Romans de C. S. Lewis (1950-1956)

Généralités

Le nom de « chroniques de Narnia » a été donné a posteriori par Roger Lancelyn Green, ami de l'auteur, à ce qui n'était au départ qu'une série de romans écrits les uns après les autres sans ambition d'en faire un tout cohérent. Elle comprend :

La présentation des éditions modernes tant anglaises que françaises, avec une numérotation (voire la publication anglaise en un volume), ne doit pas induire le lecteur en erreur : il ne s'agit pas d'une histoire suivie comme le Seigneur des anneaux (qui est un roman en trois tomes), ni d'une série à épisodes comme Harry Potter, mais de plusieurs romans plus ou moins reliés entre eux, avec pour cadre commun le monde imaginaire de Narnia, où règne le lion Aslan, et ses rapports avec notre monde, essentiellement au travers d'enfants voyageurs.

Ces romans sont avant tout des œuvres d'imagination, des contes fantastiques dans lesquels C. S. Lewis a mis des images qui lui venaient en tête, leur donnant une histoire pour cadre et la narrant dans un style inimitable, léger et humoristique mais ne gâchant pas le fantastique en devenant ironique. La profonde foi chrétienne de l'auteur a bien sûr eu une grande influence sur son écriture, et nombre de passage ont des implications religieuses, mais cela ne fait nullement des sept romans autant d'allégories, d'ouvrages de piété déguisés : on peut très bien les lire sans aucunement se préoccuper de religion. Ils sont principalement destinés aux enfants, mais sont suffisamment bien faits pour que les adultes puissent les trouver aussi passionnants que leurs cadets — comme dit Chesterton, un livre pour enfants qui ne plaît qu'aux enfants est un mauvais livre pour enfants...

Note : l'Armoire magique donne lieu à un film, qui sort en décembre 2005 et s'intitule, pour une raison que j'ignore, « Le Monde de Narnia » ; sous-titre est une traduction un peu plus littérale du titre original du premier roman : « Le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique ».

Remarques sur l'ordre des livres

Malgré le fait que chacun des sept livres puisse être lu indépendamment des six autres, on peut se demander, lorsqu'on projette de les lire tous, dans quel ordre il faut s'y prendre. Or un grand débat agite depuis des années les amateurs de Narnia à ce sujet. En effet, les sept livres regroupés sous le nom de chroniques de Narnia furent publiés l'un après l'autre dans l'ordre suivant :

  1. L'Armoire magique (1950) ;
  2. Le Prince Caspian (1951) ;
  3. L'Odyssée du Passeur d'Aurore (1952) ;
  4. Le Fauteuil d'argent (1953) ;
  5. Le Cheval et son écuyer (1954) ;
  6. Le Neveu du magicien (1955) ;
  7. La dernière Bataille (1956).

Mais si vous allez dans une librairie ou dans une bibliothèque et cherchez à « Lewis », vous trouverez, alignés, sept livres à couverture grise numérotés de 1 à 7, avec pour titre général « Chroniques de Narnia » et pour titres distincts, dans l'ordre :

  1. Le Neveu du magicien ;
  2. L'Armoire magique ;
  3. Le Cheval et son écuyer ;
  4. Le Prince Caspian ;
  5. L'Odyssée du Passeur d'Aurore ;
  6. Le Fauteuil d'argent ;
  7. La dernière Bataille.

Cet ordre est l'ordre dans lequel se produisent les événements racontés dans les livres ; les deux différences par rapport à l'ordre de publication sont le Neveu du magicien, qui décrit la création de Narnia et est donc placé avant l'Armoire magique, et le Cheval et son écuyer, histoire qui se déroule pendant le dernier chapitre de l'Armoire magique et a donc été placée juste après.

Pour reprendre la terminologie d'Andrew Rilstone, la querelle oppose donc les chronologistes, partisans de l'ordre interne proposé par les éditeurs modernes (Harper et Collins en anglais, Gallimard en français), aux publicationnistes, partisans de l'ordre de parution (qui est également la numérotation adoptée par le précédent éditeur anglais, MacMillan). L'argument principal des chronologistes est une lettre de C. S. Lewis lui-même à un de ses lecteurs américains, un garçon prénommé Laurence, qui lui demandait d'arbitrer entre sa mère, publicationniste, et lui-même, chronologiste. Lewis écrit :

Je pense que je préfère ton ordre de lecture à celui de ta mère. La série n'était pas prévue à l'avance comme elle le croit. Lorsque j'ai écrit l'Armoire je ne savais pas que j'en écrirais encore. Ensuite j'ai écrit le P. Caspian comme une suite, et je ne pensais toujours pas qu'il allait encore y en avoir, et quand j'ai fini l'Odyssée, j'étais certain que ce serait le dernier. Mais je me suis rendu compte que j'avais tort. Donc peut-être que l'ordre dans lequel on les lit n'est pas très important. Je ne suis même pas sûr que tous les autres ont été écrits dans l'ordre dans lequel ils ont été publiés.

Il est sans doute excessif, comme certains éditeurs le font, de présenter à partir de cette lettre l'ordre chronologique comme « ordre conseillé par C. S. Lewis ». Le chronologisme, par ailleurs, se base surtout sur la simplicité plus grande d'une lecture d'histoires qui se suivent tranquillement les unes les autres.

Mais la remarque de Lewis sur la façon dont il a écrit les livres doit nous faire réfléchir un peu plus loin : l'Armoire magique s'adresse explicitement à des lecteurs qui n'ont jamais entendu parler ni de Narnia ni d'Aslan, et découvrent complètement tout ce dont il parle, aussi la découverte en est-elle quelque peu gâchée par une lecture préalable du Neveu du magicien. Et dans l'autre sens, le Neveu du magicien contient plusieurs allusions à l'Armoire magique, incompréhensibles pour un lecteur chronologiste qui commencerait au numéro 1.

En ce qui concerne le Cheval et son écuyer, le problème est moins important, puisque le seul prérequis à l'histoire est la présence des Pevensie dans le cadre de l'Armoire magique, et que la seule allusion à l'histoire se trouve dans le Fauteuil d'argent, où quelqu'un raconte cette histoire et où l'auteur commente qu'il faudra qu'il la raconte à son tour. Il est sans doute plus agréable de lire cette histoire après le Fauteuil du fait de l'effet d'annonce, mais cela n'affecte pas la compréhension.

Bien que l'auteur de ces lignes soit, comme vous l'avez sans doute deviné, un fervent publicationniste, il faut bien reconnaître, avec Andrew Rilstone, que l'on ne peut dans l'absolu établir une échelle de valeur entre deux approches si différentes de cet ensemble de livres. Le chronologiste lit une longue histoire narnienne cristallisée autour de ses moments importants, un mythe avec des implications allégoriques ; le publicationniste lit plusieurs histoires plus ou moins reliées, avec le thème récurrent d'Aslan et chacune son intérêt propre et ses implications religieuses propres. Faites votre choix, et sachez que vous pourrez toujours les relire... dans l'ordre que vous voudrez !

Structure des chroniques de Narnia

Un des intérêts de l'ordre publicationniste est la mise en évidence d'une structure proposée par Jacques Sys. L'intérêt en est purement universitaire mais elle peut aider ceux qui le veulent à une lecture plus profondément religieuse des livres :

  1. Rédemption de Narnia :
  2. Cycle de Caspian :
  3. Passage à l'apocalypse privée :
  4. L'Alpha et l'Omega :

La « rédemption » est l'histoire fondatrice du salut apporté par Aslan, personnage dominant de l'Armoire magique ; le « cycle de Caspian » est plus actuel : la rédemption d'autrefois a été en partie oubliée, mais le combat eschatologique continue, pour restaurer le merveilleux, partir à la recherche du divin, ou être envoyé par lui en mission. L'« apocalypse privée » est une histoire presque purement individuelle, et illustre l'importance de chaque personne pour le salut du monde. Enfin « l'Alpha et l'Omega » sont le début et l'accomplissement de l'histoire de Narnia, traitant aussi du mal originel et de sa défaite finale, avec aux deux extrémités la présence d'Aslan qui donne son sens au tout.

Le lecteur intéressé lira avec profit l'article de Jacques Sys, Figures christiques dans the Chronicles of Narnia, très poussé sur ces sujets, bien qu'un peu rapide sur certaines généralisations (le mal n'est pas toujours relié à la sorcière blanche de l'Armoire magique), et ne tenant guère compte du fait que les livres sont avant tout des contes fantastiques, sans volonté directe de démonstration religieuse.

Sébastien Ray, 09/06/2005. Dernière modification : 27 juin 2005.