Mark Studdock est un jeune professeur de sociologie à Bracton College,
dans la petite université d'Edgestow. Son ambition, plus que ses vagues
convictions, le pousse à faire partie de l'« élément progressiste » de ce
collège. Il se voit bientôt offrir un poste au N.I.C.E., puissante
organisation scientifique d'État dont le but apparent est de régler et
rationnaliser la société, et malgré les nombreuses anomalies qu'il y
remarque, n'a pas la force de le refuser.
Pendant ce temps, sa femme Jane, avec qui il s'entend de moins en moins
bien, a de façon récurrente des rêves étranges, qui semblent être une
manifestation de voyance. Elle entre en contact avec les habitants d'un
manoir peu ordinaire, dirigé par un fascinant « directeur » et dont le but
est précisément de combattre le N.I.C.E., qui petit à petit prend le
contrôle du territoire autour d'Edgestow.
Mais les événements se précipitent : d'intrigue universitaire puis de
complot politique, on passe progressivement à un déferlement de puissances
surnaturelles, alors que Mark, découvrant enfin ce qui se cache derrière
le N.I.C.E, cherche à échapper à la manipulation qui lui est imposée et
que Jane continue d'aider le manoir dans sa lutte pour la survie de
l'humanité.
Bien que traditionnellement rattaché à la « trilogie cosmique », ce roman
se déroule entièrement sur terre, et commence d'ailleurs dans un cadre
tout à fait banal de discussions d'antichambre et de luttes d'influence
dérisoires. Le passage progressif à l'invasion par un organisme
tout-puissant et tentaculaire puis à un combat aux dimensions presque
cosmiques est très bien fait, quoique potentiellement perturbant pour un
lecteur qui n'aurait pas remarqué le sous-titre : « conte moderne pour
adultes ».
Le roman constitue une sorte d'illustration des dangers du mythe
scientiste du pouvoir de l'homme sur la Nature, déjà étudié par Lewis dans
les trois essais de l'Abolition de l'homme. L'atmosphère
incroyablement malsaine du N.I.C.E. est excellemment construite, et les
conséquences logiques de la tentative de mise en œuvre d'un pouvoir
« scientifique » sont très bien pensées : c'est très naturellement que
l'on passe de discussions consensuelles sur la supériorité absolue de la
science à l'horreur du totalitarisme.
Cette volonté évidemment démonstrative donne un côté artificiel à la
narration, qui reste vive et intéressante, mais parfois un peu naïve. La
grande finesse d'analyse psychologique des personnages (en particulier une
excellente compréhension de la différence des sexes et des difficultés du
mariage, étonnante chez un auteur célibataire) compense heureusement la
légère incohérence d'une narration omnisciente bien que partiellement à la
première personne.
Il est assez amusant de voir Lewis utiliser l'univers fantastique de
J.R.R. Tolkien dans l'état où il était dans les annés 1940 — bien
avant la publication du Seigneur des anneaux, et utiliser
largement Charles Williams, tant
dans la structure du roman (apparition du surnaturel dans un cadre banal)
que dans les thèmes (le cycle arthurien), et jusque dans le personnage de
Ransom, dont la personnalité change nettement par rapport aux deux romans
précédents.
C'est donc sans doute le moins bon roman de Lewis — par de nombreux
aspects il ressemble même à une œuvre de jeunesse, malgré les 45 ans
bien sonnés de l'auteur —, mais il reste très agréable à lire malgré
une fin très sanglante et quelque peu tirée par les cheveux.
| Éditions françaises |
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Cette hideuse Puissance, trad. Franck Straschitz.
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Ce roman est le troisième et dernier faisant apparaître le professeur Ransom, héros de Au-delà de la Planète silencieuse (Out of the Silent Planet, 1938) et de Perelandra (1943). Ces trois romans formant ce que l'on appelle parfois « La Trilogie cosmique », même si leur unité est assez ténue. Ransom figure aussi dans le roman inachevé The Dark Tower.