C. S. Lewis : une biographie

Clive Staples Lewis (1898-1963)

Clive Staples Lewis, « Jack » pour ses amis, est né dans une famille protestante aisée d'origine galloise le 29 novembre 1898 à Belfast en Irlande, second fils d'Albert Lewis (1863-1929) et de Flora Hamilton (1862-1908) après son frère Warren Hamilton Lewis (1895-1973).

Enfance

Pendant une enfance relativement heureuse, où il découvre très tôt les joies de la lecture dans les nombreux livres de ses parents, il présente déjà des capacités imaginatives importantes, composant avec son frère de très complètes chroniques de Boxen, un royaume animalier imaginaire. Sa mère meurt lorsqu'il a 9 ans, et son père l'envoie alors faire ses études en Angleterre. Il y perd la foi vers 13 ans, avec, avouera-t-il, un certain soulagement d'être débarassé d'un Dieu qui lui semblait toujours l'observer et le menacer. De tempérament romantique et plutôt renfermé, il se passionne pour la mythologie nordique et la musique de Wagner, tout en suivant, pour ce qui est de la religion en général, le septicisme scientiste de son temps.

Jeunesse

Après deux années peu fructueuses en collège, le jeune Lewis commence des études classiques et philosophiques sous la direction privée de W. T. Kirkpatrick, ami d'Albert Lewis et athée rationnaliste, qui lui donne la passion de la littérature classique et particulièrement d'Homère ; il est admis à University College, Oxford, en 1916, avant de s'engager dans l'armée en 1917. Officier de cavalerie légère de piètre qualité selon sa propre appréciation, il vit la guerre des tranchées dans la Somme et, tout en recevant comme toute sa génération de choc de cette guerre de masses (blessure à la bataille d'Arras le 15 avril 1918), il est touché par l'esprit de camaraderie qui règne dans l'armée.

L'étudiant et le poète

Rendu à la vie civile, Lewis reprend de brillantes études à Oxford en 1919, recevant des distinctions en lettres classiques, philosophie et littérature anglaise. Il publie également en 1919 son premier ouvrage, Spirits in Bondage, un recueil de poésie. En 1925 il devient professeur de littérature anglaise à Magdalen College, Oxford, chaire qu'il gardera 29 ans ; en 1926 il publie son second et dernier volume de poésie, Dymer, mais le manque de succès de ces ouvrages le persuade rapidement qu'il n'est pas fait pour la poésie, et il se consacre entièrement à ses travaux de recherche en littérature.

La conversion

Pendant tout ce temps il parcourt un difficile itinéraire spirituel, au long de ses lectures et de ses rencontres qui le forcent à revenir sur bon nombre de préjugés acquis à l'adolescence. Citons principalement en littérature Phantastes de George MacDonald, et en apologétique L'Homme éternel de G. K. Chesterton. Lewis passe ainsi de l'athéisme à un idéalisme plus ou moins platonicien, puis, avec beaucoup de difficultés, admet l'existence d'un Dieu personnel en 1929 ; il recommence à prier et à fréquenter les églises. Sa conversion au christianisme proprement dit advient le 29 septembre 1931, après une soirée passer à discuter de la valeur des mythes avec ses collègues et amis J.R.R. Tolkien et Hugo Dyson, et l'amène à réintégrer pleinement l'Église anglicane ; il met en scène de façon imagée son itinéraire de conversion dans un récit allégorique parodiant humoristiquement John Bunyan, et intitulé Le Retour du pélerin, son premier ouvrage religieux ; il publiera une analyse plus sérieuse de cette conversion en 1955 dans Surpris par la Joie. Sa foi s'approfondit dans les années qui suivent.

Les Inklings

En 1933 se forme à Oxford un cercle littéraire informel nommé « The Inklings », comprenant entre autres Tolkien et Owen Barfield, qui se réunissait chez Lewis à Magdalen et dans l'arrière-salle d'un bar, discutant d'oeuvres littéraires diverses et des compositions personnelles des membres, comme par exemple les premiers passages de ce qui deviendra le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien. L'écrivain Charles Williams arrive à Oxford en 1939 et se joint aux Inklings, dont il devient un membre très apprécié, se liant particulièrement d'amitié avec Lewis.

Premiers livres

La première publication professionnelle de Lewis, L'Allégorie de l'amour, paraît en 1936 et lui gagne immédiatement une grande réputation du fait de son originalité révolutionnant la compréhension de l'allégorie dans la littérature médiévale, et en particulier d'une analyse très fine de The Faerie Queene d'Edmund Spenser. D'autres ouvrages de critique littéraire continueront à paraître régulièrement jusqu'en 1954. À la fin des années 1930, Lewis, fasciné depuis longtemps par les mythes spatiaux de l'époque, se lance en parallèle dans le roman avec une oeuvre très originale de science-fiction : Au-delà de la planète silencieuse (1938), longuement discuté avec les Inklings avant sa publication.

L'apologiste de la Seconde Guerre

Au début de la guerre, un éditeur demande à Lewis d'écrire un livre sur la souffrance, et Le Problème de la souffrance paraît en 1940, la première de ses œuvres apologétiques. Il y fait, pour justifier son point de vue, un exposé très pédagogique des doctrines chrétiennes traditionnelles sur le péché et la rédemption, et la qualité autant que l'accessibilité de ses explications valent au livre un succès immédiat et à l'auteur une réputation croissante d'apologiste. La BBC le charge successivement de quatre séries de conférences radiodiffusées sur le christianisme de 1941 à 1944 : Lewis devient célèbre dans tout le monde anglo-saxon comme l'un des principaux défenseurs de la foi chrétienne. Rassemblées et publiées, ces conférences deviendront Les Fondements du christianisme. Il continue pendant la guerre ses romans de science-fiction, leur donnant une tournure plus religieuse (Perelandra, 1943) voire apocalyptique (Cette hideuse Puissance, 1945) ; on compte également dans ses œuvres de guerre le célèbre Tactique du diable, recueil très original de courriers d'un démon.

Les chroniques de Narnia

Continuant ses réflections apologétiques, il publie Les Miracles en 1947 ; très affecté par les critiques sur l'insuffisance philosophique de son argumentation, il décide d'arrêter d'écrire, tout en continuant les conférences et sermons qu'il est régulièrement invité à prononcer sur divers sujets, ainsi qu'une intense activité épistolaire à caractère religieux avec de nombreux correspondants dans le monde.

Ses ouvrages les plus célèbres viennent pourtant après cette cessation d'activité : il publie un roman pour enfants, L'Armoire magique, en 1950 pour sa filleule Lucy Barfield. Le succès immédiat du livre l'encourage à continuer dans cette voie, et il publie six autres livres, à raison d'un par an, sur le monde fantastique de Narnia ; le dernier de ces livres, La dernière Bataille (1956), reçoit la médaille Carnegie.

Mariage et fin de vie

En 1954 il quitte Oxford et accepte la chaire de littérature médiévale à Cambridge, après avoir écrit, pour l'édition universitaire d'Oxford, une étude sur la littérature anglaise au XVIème siècle qui est encore une référence sur ce sujet. Ses préoccupations religieuses deviennent plus graves, et ses œuvres cherchent de plus en plus à toucher l'homme moderne dans ses interrogations face à l'absurdité apparente de l'univers ; en témoigne son dernier roman, qu'il considérait comme le meilleur : Un Visage pour l'éternité (1956), ainsi que Réflexions sur les psaumes (1957).

Lewis, resté jusque-là célibataire, épouse civilement en 1956 Joy Davidman (1915-1960), juive communiste convertie au christianisme en partie grâce à la lecture de ses livres et rencontrée en 1952. Souffrant d'un cancer des os, Joy est hospitalisée et épouse religieusement Lewis à l'article de la mort. Elle guérit néanmoins partiellement en 1957 ; de nouveau gravement malade en 1960, elle meurt le 13 juillet. L'année suivante Lewis publie, sous un pseudonyme, Apprendre la mort, relantant l'expérience douloureuse de la perte de sa femme. Il continue d'écrire des essais de littérature et se remet à l'apologétique, préparant Démo(n)cratiquement vôtre, qui ne sera publié qu'après sa mort, survenue le 22 novembre 1963. Il est enterré dans le cimetière de Holy Trinity Church à Oxford.

Les trois C. S. Lewis

C. S. Lewis est une figure majeure dans trois domaines principaux : il était à la fois l'un des meilleurs spécialistes de littérature médiévale, un auteur original et populaire de littérature fantastique, et l'un des vulgarisateurs les plus appréciés de la foi chrétienne au XXème siècle, touchant par ses œuvres apologétiques un grand nombre de personnes dans le monde. Ses œuvres sont continuellement réimprimées en Grande-Bretagne et en Amérique, et, s'il est aujourd'hui oublié en France, il y a également eu une grande influence dans les années d'après-guerre. Ce triple héritage garde aujourd'hui tout son intérêt, et c'est à une découverte de cette œuvre peu banale que ce site vous convie.

Sébastien Ray, 23/03/2005. Dernière modification : 17 juin 2005.